Longtemps inexploré en raison de l’instabilité politique, puis du séisme de janvier 2010, le sous-sol d’Haïti dévoile finalement ses richesses. Des minières canadiennes et américaines ont récemment fait des découvertes qu’elles jugent prometteuses et qui pourraient annoncer un vaste potentiel minier. La nouvelle suscite l’espoir du gouvernement de Michel Martelly, qui s’est donné pour mission d’ouvrir le pays aux investisseurs étrangers.
La compagnie d’exploration Majescor, basée à Montréal, est à pied d’œuvre depuis octobre dernier dans le Nord-Est d’Haïti. À travers sa filiale Alliance Copper Gold, la junior canadienne a fait l’acquisition de SOMINE (Société Minière du Nord-
Est), une compagnie incorporée en Haïti qu’elle détient à 72%. Les autres actionnaires sont pour la plupart des professionnels haïtiens, explique Dan Hachey, président et chef de la direction de Majescor.
Une autre compagnie minière, l’américaine Newmont, en partenariat avec Eurasian Minerals, est aussi présente dans le Nord d’Haïti. Une autre petite compagnie américaine, VCS Mining, s’y trouve également. Mais seule SOMINE détient aujourd’hui tous les permis nécessaires pour faire de l’extraction. La propriété couvre un territoire de 50 km2 et une cinquantaine d’employés en moyenne, en majorité haïtiens, y travaillent.
Potentiel à confirmer
Selon des géologues cités par l’Associated Press extrapolant à partir de résultats préliminaires, il pourrait y avoir jusqu’à 1 million d’onces d’or. Entre 20 et 30 millions d’onces d’argent ont également été découverts, une première en Haïti. Enfin, toujours selon ces géologues, un seul site exploré jusqu’à maintenant pourrait contenir 1 million de tonnes de cuivre.
À supposer que ce potentiel s’avère, et considérant que le cuivre se vend environ 8000 $ la tonne, l’argent, 30$ l’once, et l’or, 1600$ l’once, la valeur marchande de ces ressources s’élèverait à environ 10 milliards de dollars. Le chiffre de 20 milliards de dollars a même déjà été avancé dans certains médias. Mais il est encore prématuré d’avancer de tels chiffres: bien que les minières se montrent très enthousiastes à la lumière des résultats obtenus lors des premières phases d’exploration, le processus n’est pas encore complété.
Selon Dan Hachey, Majescor devrait avoir terminé les 10 000 mètres de forage prévus dans son étude et avoir en main une description complète des ressources sur la propriété de SOMINE d’ici la fin de 2012.
De l’autre côté de la frontière
Pour expliquer le potentiel aurifère et de cuivre en Haïti, le patron de Majescor aime répéter que «les ressources minérales n’arrêtent pas aux frontières». Les gisements découverts en Haïti se trouvent en effet dans le bassin du Massif du Nord, qui traverse l’île d’Hispaniola en s’étirant du nord d’Haïti jusque dans le sud-est de la Républicaine dominicaine.

Photo : iStock
Signe de la richesse des ressources enfouies dans ce bassin, les minières canadiennes Barrick et Goldcorp commenceront cette année l’exploitation de l’une des plus grandes réserves d’or au monde, dans le projet Pueblo Viejo, situé tout juste de l’autre côté de la frontière, en République dominicaine.
Climat d’investissement
Des ressources minières ont déjà été découvertes en Haïti dans les années 1970. Le Programme des Nations Unis pour le Développement (PNUD) avait trouvé des gisements d’or et de cuivre sur ce qui est aujourd’hui la propriété de SOMINE. Des recherches géologiques ont ensuite été menées par des experts allemands et français, y compris, plus récemment, par la junior canadienne Ste-Geneviève Resources, devenue Copper Mesa Mining. Mais le risque encouru par l’instabilité politique dès les années 1990 a fait fuir les investisseurs étrangers, laissant les ressources d’Haïti à peu près inexploitées.
Dan Hachey mise aujourd’hui sur le climat d’investissement que le président haïtien dit vouloir instaurer dans le pays. «On se sent très en confiance. Le gouvernement de Michel Martelly se montre intéressé par le domaine minier et veut agir pour faire avancer notre projet», dit-il.
Le président de Majescor est aussi encouragé par la construction d’un port en eau profonde à Caracol, sur la côte nord d’Haïti, à 10 km de la propriété de SOMINE. Les Sud-coréens seraient en effet affairés à y construire un parc industriel d’une valeur d’environ 300 millions de dollars. «C’est un avantage extrêmement important», conclut-il.


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