En Colombie, les sociétés minières canadiennes ressentent les effets de la crise de croissance d’une industrie minière en transition. En effet, le pays tente de maîtriser la frénésie entourant les activités d’exploration alors que les prospecteurs se ruent pour jalonner les terres. Accumulant un retard dans le traitement de plusieurs milliers de demandes de concessions minières, le gouvernement a mis de côté 21 millions d’hectares de terres riches en minéraux afin de les vendre aux enchères en blocs, au lieu d’utiliser le traditionnel système du premier arrivé-premier servi, accepté mondialement et en usage dans d’autres régions du pays.

Les activités de Sunward en Colombie
Loin de se frotter les mains à l’idée de cette stratégie similaire à celle qui a favorisé le boum des investissements dans l’industrie pétrolière colombienne au cours de la dernière décennie, les sociétés minières craignent que le modèle d’exploration pétrolière et gazière ne soit pas adapté à l’exploration minière, réalisée à plus petite échelle et sur des filons plus étroits.
« Les petites sociétés minières ne peuvent pas prendre en charge d’aussi vastes territoires, car le coût de propriété des terres est tout simplement trop élevé », indique Colin Andrew, chef de la direction et administrateur de Sunward Resources, une société d’exploration et de développement aurifères établie à Vancouver et possédant des actifs en Colombie.
Les sociétés d’exploration doivent payer un canon minier, un type d’impôt, d’environ 9 $US par année et par hectare de terrain faisant partie de la concession. Les dirigeants de sociétés minières, comme Colin Andrew, pensent que le modèle de vente aux enchères sera trop coûteux pour les petites sociétés d’exploration à court d’argent, surtout dans un contexte où les possibilités de financement sont pratiquement nulles.
Les acteurs du marché ont fait part de leurs inquiétudes sur cette intervention du gouvernement dans le secteur privé et espèrent que le processus de vente aux enchères ne deviendra pas un modèle permanent en Colombie.
Peu de pays ont une aussi longue tradition aurifère que la Colombie, un pays des Andes qui attire les prospecteurs d’or depuis que les conquistadors y ont mis les pieds à la recherche de l’Eldorado
il y a 500 ans. Mais le véritable essor de l’exploration s’est produit il y a seulement 10 ans lorsque le président de l’époque, Alvaro Uribe, s’est lancé avec l’appui des États-Unis dans une offensive contre les guérillas marxistes, les paramilitaires de droite et le trafic de cocaïne. Le nombre de sociétés d’exploration aurifère a ensuite explosé, passant d’une petite poignée d’entreprises à plus de 70 en l’espace de 10 ans, selon le Colombia Gold Report.
L’essor n’a pas été sans défis, alors que la Colombie jongle avec le besoin d’attirer des investisseurs et la nécessité de protéger un territoire complexe composé de plaines, de forêts tropicales humides et du massif des Andes. « Ils n’étaient pas prêts à cela », pense Frederick Felder, un consultant minier canadien, qui conseille les acteurs des secteurs privé et public de l’industrie minière colombienne depuis 12 ans. « Le cadre de travail de l’agence gouvernementale responsable du dossier a été établi alors que la Colombie n’attirait personne. »
Steve Letwin, chef de la direction de la société d’exploitation aurifère torontoise Iamgold Corp., a indiqué que son entreprise ne participerait pas à la vente aux enchères dans sa forme actuelle, mentionnant que des précisions étaient nécessaires. « Je pense que le gouvernement fait du bon travail pour développer l’industrie, mentionne-t-il. Mais je ne suis pas sûr qu’il comprend bien tous les enjeux et qu’il est en mesure de mener à bien une vente aux enchères. »
Les gisements dans cette région, située principalement à l’est de la Colombie le long des frontières avec le Brésil et le Venezuela, contiennent surtout de l’or, du charbon, de l’argent, du cuivre, du platine, du phosphate de potassium et de l’uranium. Les enchères débuteront l’année prochaine, et la Colombie espère répéter l’exploit réalisé avec des ventes aux enchères similaires qui lui ont permis de doubler sa production de pétrole au cours de la dernière décennie. Ce secteur est ainsi devenu le principal moteur économique du pays derrière les investissements directs étrangers.
Grâce à des gestes audacieux comme la vente aux enchères dans le secteur pétrolier, les investissements directs étrangers en 2011 ont atteint un niveau record de 13 milliards $US en Colombie, qui est devenue la 4e destination la plus attrayante en Amérique latine pour les capitaux étrangers. De janvier à juin 2012, ces investissements ont été de 9,3 milliards $US comparativement à 7,7 milliards $US à la même période l’année précédente, et plus de 80 % d’entre eux ont été faits dans les secteurs des mines et de l’énergie.
« Nous devons tout mettre en œuvre pour nous assurer que l’exploration continue et se transforme en exploitation. C’est ce que nous espérons, c’est ce que nous voulons, c’est ce que nous essayons de faire », a précisé le ministre colombien des Mines et de l’Énergie Mauricio Cardenas lors d’une récente entrevue téléphonique.
« L’exploration aurifère connaît actuellement un gigantesque essor, mené par des entreprises étrangères, notamment des entreprises canadiennes », a ajouté Mauricio Cardenas, qui dirige les efforts pour que les blocs soient mis aux enchères dans le cadre d’un système d’appel d’offres compétitif, ce qui aiderait la Colombie à se protéger des spéculateurs.
La majorité de la région qui sera mise aux enchères en blocs est riche en biodiversité. Elle est située en partie dans le bassin de l’Amazone, où une prolifération des activités minières pourrait menacer l’environnement, indique Mauricio Cardenas. Il ajoute que le gouvernement dresse des cartes géologiques de la région avant de mettre les premiers blocs aux enchères en 2013. Ces blocs seront les plus riches et les plus susceptibles d’intéresser les investisseurs.
« Je comprends les enjeux de politique publique auxquels le gouvernement tente de répondre en agissant de la sorte », dit Peter Harder, ancien sous-ministre des Affaires étrangères du Canada et conseiller principal en matière de politiques pour la firme d’avocats Fraser Milner Casgrain. Les clients de la firme se montrent confiants, mais ils ont exprimé certaines réserves quant à l’intervention du gouvernement dans ce secteur.
« Je crois que c’est au fruit que l’on pourra juger l’arbre. »



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