Une étude récente de PwC établit que 72 % des mines acquises par des sociétés minières provenant des pays émergents étaient situées dans des régions en développement. De leur côté, les compagnies minières occidentales sont très timides à l’égard des projets dans les pays émergents ou en croissance, même si les trois quarts des réserves connues sont situées dans ces pays. Cette question devrait pourtant intéresser les promoteurs miniers canadiens, qui ont effectué 30 % des acquisitions dans le secteur minier mondial en 2011, soit plus que tout autre pays.

Photo : Bloomberg, Getty Images

Les conclusions de PwC, rendues publiques dans le rapport intitulé Global Mining 2011: Deals Review & 2012 Outlook, montrent que la prudence des sociétés minières occidentales, qui ont tendance à éviter les marchés plus risqués, pourrait brider une importante croissance à long terme.

Toutefois, lorsqu’on considère les risques que ces compagnies doivent courir dans les marchés en croissance, leurs réticences semblent justifiées. John Nyholt, leader national des transactions dans l’industrie minière chez PwC, a énuméré quelques-unes de ces inquiétudes lors de son entrevue avec Affaires sans frontières. Plusieurs s’inquiètent des lacunes en matière d’infrastructures, dit-il.

Un gisement de minerai de fer d’envergure en Afrique de l’Ouest a grandement besoin d’un port en eau profonde pour acheminer le minerai vers ses différents marchés. Il y a aussi des risques que les réglementations changent. Par exemple, le Pérou a modifié son régime de redevances, ce qui a coûté 1 milliard de dollars supplémentaires aux exploitations minières en place.

Les gestionnaires de mines peuvent aussi se retrouver sur un terrain glissant : les pays d’Amérique du Sud et d’Afrique ont révisé leurs codes miniers, qui regroupent l’ensemble des règles régissant l’exploitation des mines. D’autres peuvent craindre l’expropriation, comme au Venezuela, qui a nationalisé de nombreuses mines au cours des dernières années. Même appréhension en Afrique du Sud, où l’aile jeunesse de l’ANC, le parti au pouvoir, a demandé la nationalisation des mines (la demande a toutefois été refusée par les dirigeants du parti).

Et la liste des risques ne s’arrête pas là. Les questions de sécurité demeurent un enjeu capital en Amérique latine, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et au Niger. Des doutes quant à la transparence du gouvernement peuvent aussi avoir des répercussions sur la planification du projet, tant pour son développement au cours des 5 à 10 premières années que pour la durée de vie de la mine, généralement de 10 à 30 ans.

John Nyholt conseille d’adopter différentes stratégies. Établissez d’abord des partenariats avec les compagnies minières locales et les gouvernements.
Puis, développez une stratégie d’évaluation des risques afin de savoir à quoi vous en tenir et de prendre les décisions qui s’imposent. « De plus en plus, les conseils d’administration participent à l’évaluation des projets », dit John Nyholt. Il n’est pas rare que les membres d’un conseil s’envolent vers l’Afrique afin d’en apprendre plus sur une société cible ou de rencontrer les représentants du gouvernement local. « Cela permet aux conseils d’administration de mieux comprendre la situation lorsqu’ils évaluent les risques. »

À quoi doivent s’attendre les mineurs occidentaux en 2012 ? John Nyholt indique que les fonds de capital d’investissement vont revoir les habituelles stratégies à court terme pour répondre aux besoins des mines, soumises à de longs délais d’exécution. Les fonds de capital d’investissement canadiens ont d’ailleurs financé 50 projets miniers l’an dernier. Les fonds souverains, comme ceux du Qatar, s’intéressent eux aussi aux mines. Ayant accès à du capital à faible coût, ils peuvent se permettre d’être patients avant de récupérer leur investissement.

Selon John Nyholt, les investisseurs occidentaux devront commencer par trouver des occasions d’affaires dans les marchés en croissance s’ils veulent maintenir leur progression. Ils auraient aussi avantage à explorer des stratégies de partage des risques au moyen de partenariats avec les gouvernements, de coentreprises avec des partenaires locaux ou internationaux ou d’acquisitions stratégiques. John Nyholt cite l’exemple de l’acquisition d’Equinox par la société aurifère Barrick l’an dernier en vue d’exploiter les ressources de cuivre d’Equinox en Zambie.

Le potentiel de l’Afrique est énorme, affirme John Nyholt, et certains signes tendent à montrer que les sociétés minières sont de mieux en mieux accueillies. Mais si les sociétés occidentales attendent de voir comment la situation évoluera en Afrique et comptent réévaluer le climat d’investissement dans une dizaine d’années seulement, elles risquent de ne plus être dans le coup. Les promoteurs miniers chinois sont particulièrement déterminés, précise John Nyholt. Ils sont prêts à investir massivement dans les infrastructures en échange de droits d’exploitation à long terme.

Un promoteur chinois a ainsi fourni 9 milliards de dollars à la République démocratique du Congo pour reconstruire des milliers de kilomètres de routes et de chemins de fer en échange de droits d’exploitation minière à long terme. Une autre entreprise, Hanlong Group, a acheté la société australienne Sundance Resources, qui développe des projets au Cameroun et dans la République du Congo. Hanlong Group a déboursé 1,4 milliard de dollars pour l’acquisition de Sundance et devra dépenser 4,7 milliards de dollars de plus pour le chemin de fer et le port en eau profonde.

Si les Chinois n’ont pas peur de se mouiller pour réaliser des projets en Afrique, les compagnies minières occidentales peuvent-elles vraiment se permettre d’attendre ?

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