En dépit des nombreuses similitudes qui existent entre les États-Unis et nous, toute entreprise qui songe à étendre ses activités au sud de la frontière doit tenir compte d’un certain nombre de différences dans la manière d’effectuer et de gérer les paiements dans les deux pays.

À la conférence EuroFinance, à Toronto, en septembre, le Canadien d’origine Andrew Hay a expliqué comment son entreprise, Burger King, procédait en la matière. L’homme est vice-président, trésorier et responsable de la planification stratégique au siège social de la chaîne spécialisée dans le hamburger, à Miami. Précisant que Burger King recourait presque exclusivement aux paiements au comptant, sans avoir de comptes fournisseurs (« Ça vaut pour les paiements qu’on fait et pour ceux qu’on reçoit. »), il a décrit comment la société gère le comptant, les liquidités et les taux de change. Burger King compte 12 174 points de vente dans 76 pays et territoires, et l’équipe que dirige Andrew Hay doit travailler avec 60 couples de devises.

La première différence entre les États-Unis et le Canada se situe au niveau des systèmes de compensation des effets de paiement. Les entreprises canadiennes utilisent le Système automatisé de compensation et de règlement (SACR), un système de règlement net différé qui traite les chèques et les transferts électroniques de petits paiements, y compris les débits et les crédits. Elles peuvent aussi avoir recours au Système de transfert de paiements de grande valeur (STPGV), qui assure un règlement instantané et discret ainsi qu’un paiement garanti.

Aux États-Unis, trois systèmes sont en vigueur. Fedwire, qui fait partie de la Réserve fédérale américaine, compense les paiements le même jour, mais s’applique seulement aux grosses sommes. Il est utilisé essentiellement pour des paiements en temps critique, à l’échelle nationale ou à l’international. Le Clearing House Interbank Payment System, ou CHIPS (sigle des plus appropriés pour Burger King), est une chambre de compensation privée qui traite les grosses opérations à l’intérieur des États-Unis. Les paiements sont compensés le même jour par règlement unique. Enfin, l’Automated Clearing House est un réseau électronique qui traite pour le lendemain un grand volume d’opérations de crédit et de débit.

Jusqu’à il y a six ans, la compensation des chèques aux États-Unis était un processus lent qui restait dépendant du papier. Le Canada, lui, bénéficiait déjà de l’efficacité du SACR, capable de compenser un chèque le même jour. Les Américains utilisent maintenant le Check 21, création du Congrès visant à permettre à un « chèque de substitution » d’éliminer le besoin de recourir à la manipulation du document papier. Par conséquent, quiconque dispose d’un numériseur peut déposer un chèque à distance par voie électronique dans une banque participante.

Une autre différence importante entre les deux pays, pour Burger King, réside dans la fragmentation du système bancaire américain. Au Canada, la chaîne ne fait affaire qu’avec deux banques. L’une lui sert pour les dépôts de ses restaurants, les cartes-cadeaux et l’utilisation d’une boîte postale scellée (Burger King prend d’ailleurs soin d’installer ses restaurants près des succursales de la banque en question). L’autre banque s’occupe des revenus de franchise, des frais de vente, frais généraux et dépenses administratives ainsi que de l’équilibrage de trésorerie, en plus de traiter les rentrées et sorties importantes.

Aux États-Unis, on compte 6 772 banques commerciales – contre 78 au Canada –, et très peu d’entre elles sont présentes dans tout le pays. Burger King fait donc affaire avec huit banques principales ainsi que 80 petites banques de type « familial » pour les activités de ses restaurants et ses activités indirectes.

Autre différence encore, le fait que les comptes centralisateurs des entreprises, aux États-Unis, ne rapportent aucun intérêt, contrairement à ce qui est le cas au Canada. Par conséquent, les grosses entreprises pourront demander à une banque de prélever des fonds de leur compte chèque et de les placer pendant la nuit afin qu’ils accumulent de l’intérêt. Il leur est également possible d’avoir recours à la mise en commun, à l’échelle nationale, des fonds tirés de différents comptes participants, dans le but de maximiser les gains d’intérêt et de réduire les frais de découvert. Enfin, la Réserve fédérale américaine interdit les comptes en devises étrangères, alors que le Canada les autorise.

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