Vous cherchez un moyen de perdre facilement 10 400 $, sans avoir à lever le petit doigt ? Supposons que vous avez vendu pour 250 000 $ US de marchandise à un client américain le 22 juin. Le billet vert s’échangeant ce jour-là à 1,0634 $ CA, la valeur de la vente s’élève à 265 850 $ CA. Mais votre client ne vous paie que le 5 août, au moment où la devise américaine est tombée à 1,02168 $ CA. Voilà que vos 265 850 $, tout à coup, se sont réduits à 255 420 $. Le simple mouvement des taux de change a fait se volatiliser une grosse somme qui aurait pu être à vous.
Si votre entreprise est comme bien des PME, les flux de trésorerie revêtent pour vous une importance cruciale. Vous ne pouvez pas vous permettre de perdre des profits en raison des fluctuations des devises. Or, celles-ci, ces dernières années, sont devenues brutales. Des variations de 6 % dans la valeur du huard contre celle du dollar américain ou d’autres devises importantes ne sont pas inhabituelles. En 2010 seulement, le dollar US, qui a atteint 1,07 $ CA le 2 février, est descendu jusqu’à 0,99 $ le 20 avril. L’euro a oscillé entre 1,50 $ CA, le 12 janvier, et 1,24 $, le 11 juin. Une commande de 250 000 € passée le 12 janvier aurait plongé de 375 000 $ à 310 000 $ le 11 juin, entraînant une perte vertigineuse de 65 000 $. Une commande de 250 000 £ aurait quant à elle fondu de 430 000 $ à 370 000 $.

Il est vrai que de tels cycles de paiement sont exagérés. La plupart des entreprises n’attendent pas six mois pour se faire payer. Mais même des délais plus courts peuvent entraîner des pertes considérables. Selon un sondage mené en 2009 auprès des PME par Exportation et développement Canada, moins de la moitié des petites entreprises avec qui la société d’État fait affaire ont recours à la couverture des risques de change. Beaucoup n’ont même pas idée du péril auquel elles s’exposent. Les petites entreprises pensent souvent qu’elles n’ont pas le temps d’apprendre à mettre en œuvre cette stratégie ou se croient trop petites pour avoir besoin de le faire. Les exemples de chiffres fournis ci-dessus devraient pourtant vous inciter à vous renseigner sur le sujet.
Affaires sans frontières a demandé à Stewart Hall, économiste pour Valeurs mobilières HSBC (Canada), comment il fallait s’y prendre exactement pour assurer la couverture des risques de change. (HSBC est commanditaire d’Affaires sans frontières.) Selon lui, il est important d’entretenir une relation étroite avec votre établissement financier, afin qu’il comprenne bien votre entreprise et les risques de change qui la menacent.
« Vous devez commencer, notamment, par décider quel est pour vous un niveau acceptable d’inconfort en ce qui concerne vos liquidités », dit Stewart Hall. « Une brusque fluctuation des taux de change peut vous casser les reins. Considérez ensuite la volatilité de la paire de devises que vous souhaitez couvrir. » Autrement dit : quelle est la volatilité du dollar canadien par rapport à la devise dans laquelle vous faites des affaires? Au cours des dernières semaines, le huard a oscillé autour de la parité avec le dollar américain, mais il a chuté de façon constante par rapport à l’euro et à la livre sterling. À peu près toutes les monnaies qui sont utilisées dans les échanges commerciaux sont susceptibles d’être couvertes.
Il existe trois niveaux de couverture : les opérations de change au comptant, les opérations à terme et les options de devises. Les opérations de change au comptant consistent à acheter la devise étrangère à son taux actuel afin de régler en un ou deux jours. Il s’agit d’une approche dont Stewart Hall ne pense pas beaucoup de bien. « En fin de compte, c’est comme décider de ne pas prendre de décision, dit-il. Le risque, c’est que le dollar canadien se mette à monter en flèche pendant que vous regarderez la valeur de votre devise étrangère fondre comme neige au soleil. »
L’opération à terme est préférable, parce qu’elle consiste à fixer d’avance le prix de la devise, pour une date future qui vous sera utile, par exemple celle à laquelle vos créances à l’étranger arriveront à échéance. Comment peut-on savoir où en sera le huard à tel ou tel moment? Les perspectives d’avenir pour la valeur des devises sont déterminées par le marché et, partiellement, par les différentiels des taux d’intérêt. « Imaginons un dollar canadien fort à 1,08 $ US », dit Stewart Hall. « Vous pourriez réaliser une opération de change à terme en vous réservant la possibilité d’acheter des dollars canadiens à ce taux dans trois mois. Si cela vous convient et que vos ventes restent rentables à 1,08 $, vous ne craindrez rien si le huard devait plonger jusqu’à la parité. Inversement, s’il grimpe à 1,15 $, vous bénéficierez d’un gain de 0,07 $ par dollar. Le tour est joué : vous avez couvert le risque parce que vous effectuez la transaction à un prix qui reste avantageux pour vous. »
Les options de devises s’adressent quant à elles aux plus expérimentés. Votre établissement financier pourra élaborer à votre intention une structure d’options qui conviendra à votre seuil de tolérance. Il s’agira par exemple d’établir une échelle de taux de change prédéterminés, valables à des dates précises, afin que vous ayez la possibilité d’intervenir à différents moments lors de la fluctuation d’une devise sur le marché. Bien que cette approche offre une protection efficace contre les pertes liées au mouvement des devises, n’oubliez pas que plus la structure d’options est complexe, plus elle coûtera cher. Pour une petite entreprise, toute perte évitée sur le marché des devises pourrait ainsi se traduire par des frais bancaires de valeur équivalente.
C’est à votre établissement financier qu’il revient de vous aider à évaluer de quel côté penche le marché : la tendance de la devise est-elle haussière ou baissière? « Le marché est un agglomérat d’opinions. Il vous indiquera lui-même dans quelle direction il est orienté », dit Stewart Hall. Est-il plutôt tourné vers les options de vente ou les options d’achat? S’il présente une prédilection pour les options de vente, c’est qu’il s’attend à voir le huard chuter. Inversement, si la tendance privilégie plutôt les options d’achat, l’opinion majoritaire est que le huard s’appréciera.
Dans une période d’extrême volatilité des échanges comme celle que nous avons connue ces dernières années, tout mouvement défavorable a le potentiel de saper sérieusement vos liquidités. Quand vous irez consulter votre établissement financier, conseille Stewart Hall, ayez conscience de votre niveau de tolérance. Sachez quels taux de change vous permettront de rester rentable. Apprenez-en davantage sur les marchés de devises.



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