LES AFFAIRES – Pour doubler vos actifs, vous songez à prendre pied en Australie. Quel est l’intérêt de ce marché pour vous ?
RICHARD LEGAULT – Je dis à la blague que l’Australie, c’est le Canada avec un accent, en raison des similitudes des deux pays quant aux industries des ressources et aux services publics. Leur marché est aussi un moyen indirect d’investir en Asie. Nous étudierons l’achat de portefeuilles privés de centrales hydroélectriques et de parcs éoliens, qui peuvent compter sur une équipe locale forte, étant donné la difficulté que représente la gestion à distance. Nous bâtirons sur ce tremplin ensuite. Notre principal actionnaire, Brookfield Asset Management (BAM), dispose déjà d’un important portefeuille d’actifs sur place.

R.L.
Photo : Brookfield
L.A. – Vous comptez aussi ajouter de nouvelles énergies renouvelables à vos spécialités hydroélectriques et éoliennes. Quels sont vos projets ?
– D’ici cinq ans, nous aimerions pouvoir ajouter une nouvelle technologie à notre portefeuille, soit en géothermie ou en biomasse, avec des partenaires. La géothermie offre un faible coût de production, une longue vie et des barrières à l’entrée élevées. Comme il s’agit d’exploration et d’extraction, il nous faudra trouver un associé. Quant à la biomasse, nous pourrons tirer avantage du fait que BAM est un important producteur de canne à sucre au Brésil pour signer des ententes avec des producteurs locaux de sucre et d’éthanol. Nous pouvons par exemple leur offrir de prendre en charge leur centrale thermique de façon à diminuer le capital que le producteur doit investir dans son usine d’éthanol.
L.A. – À plus brève échéance, vous privilégiez les marchés canadiens, américains et brésiliens, ainsi que les projets hydroélectriques et éoliens pour croître. Pourquoi ?
R.L. – Ces marchés nous permettent de tirer parti de nos avantages concurrentiels pour participer au renouvellement des infrastructures au Canada, pour bénéficier des politiques de promotion des énergies renouvelables fiables aux États-Unis et pour profiter de la croissance annuelle de 5 % de la demande d’électricité au Brésil. Nous y avons aussi une masse critique et un savoir-faire. Par exemple, notre centre automatisé de Gatineau gère les 42 centrales et les 4 parcs éoliens canadiens. Nous avons aussi de tels centres à Boston et à Rio.
L.A. – À quel point dépendez-vous de votre affiliation à Brookfield Asset Management (BAM) ? Cette société de portefeuille possède 68 % de vos actions et achète aussi 55 % de votre électricité.
R.L. – BAM nous ouvre des portes quand vient le moment d’établir des relations d’affaires dans d’autres pays et de financer des projets. Leur portée mondiale nous donne une force de frappe et un avantage concurrentiel. Par exemple, BAM possède 9 milliards d’actif au Brésil. Je deviendrais donc un acheteur de premier choix si une de ses 35 centrales était vendue.
L.A. – BAM a vendu 300 millions de dollars de ses parts d’Énergie renouvelable Brookfield en janvier. La vente potentielle d’autres parts nuira-t-elle à la valeur de vos titres en Bourse ?
R.L. – Sa participation diminuera au fil du temps, car BAM a l’habitude de détenir un intérêt de 30 à 40 % de ses placements. La vente a aussi pour but d’augmenter le nombre de nos parts en circulation libre, pour élargir notre base d’actionnaires. C’est pour cette raison aussi que nous inscrirons nos parts à la Bourse de New York d’ici la fin de l’année.
L.A. – Plusieurs ex-fiducies de revenu ont du mal à maintenir leur distribution. Votre objectif est de verser de 60 à 70 % de vos flux de trésorerie et d’augmenter votre distribution par année de 3 à 5 %. N’est-ce pas ambitieux ?
R.L. – Nous avons une approche prudente en ciblant des actifs de haute qualité, dont la durée de vie est longue. Les projets se financent eux-mêmes, soit sur le marché des obligations ou auprès des banques. Brookfield n’est pas garante des 4 milliards de dettes émises par ses installations. De plus, presque la totalité de notre électricité est vendue en vertu de contrats d’une durée de vie moyenne de 24 ans, à un prix de 89 $ le mégawatt, souvent indexé à l’inflation. Ces contrats dégagent des flux de trésorerie stables d’environ 550 M$ par année. Après les dividendes, il nous reste 100 M$ pour investir dans de nouveaux projets et des acquisitions, qui nous procurent des pertes fiscales et des flux monétaires. Nous visons un rendement de 10 à 12 % sur le capital investi dans nos projets.
L.A. – Pourquoi votre société en commandite est-elle incorporée aux Bermudes ?
R.L. – Nos actifs sont détenus par des entités qui paient leurs impôts localement. Leurs bénéfices sont ensuite envoyés aux Bermudes, pour être redistribués aux porteurs de nos parts. Cette structure permet au porteur individuel de payer les impôts dus en fonction du taux qui s’applique localement. Cela leur évite de se soucier de la juridiction de leurs impôts.
LE POULS DES ANALYSTES
Valeur boursière : 7,5 G$
4 acheter, 7 conserver
En moyenne, les analystes voient le titre passer du cours actuel de 26,95 $ à 28,08 $, d’ici 12 mois.
16 %
Rendement annualisé de la part depuis 12 ans ; 10 000 $ investis en 1999 valent 63 000 $, avec les dividendes réinvestis.



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