Le marché des produits de contrefaçon, considéré comme la plus importante industrie clandestine au monde, représenterait de 5 à 10 % du commerce mondial.
« En fait, personne ne connaît avec précision l’ampleur de ce marché », affirme Alan Zimmerman, coauteur de The Economics of Counterfeit Trade: Governments, Consumers, Pirates, and Intellectual Property Rights. « Les douaniers saisissent un certain nombre de produits contrefaits chaque année, mais c’est une goutte d’eau dans l’océan des produits frauduleux en circulation. »
Une chose est sûre : cette industrie illégale est en croissance et de plus en plus difficile à repérer.
Photo : Getty Images News
Alors que les chaussures de sport, les sacs à main de luxe et les montres suisses ont longtemps dominé le marché de la contrefaçon, les faussaires ont enrichi leur catalogue qui comprend maintenant des pièces d’avion, des médicaments, des piles, du papier hygiénique, des aliments et de nombreux autres produits.
« La contrefaçon ne touche plus seulement les sacs à main. C’est un problème très grave », ajoute Alan Zimmerman, qui enseigne les affaires internationales et le marketing au College of Staten Island de la City University of New York. « De nombreuses personnes pensent qu’il s’agit d’un crime sans victime. Mais cela fait souffrir des gens. Certaines personnes tombent malades ou meurent à cause de médicaments contrefaits. De plus, les sommes payées pour ces produits se retrouvent entre les mains de personnes peu recommandables. Des [membres de la pègre et des terroristes] financent leurs activités illégales grâce à la contrefaçon, car c’est beaucoup moins dangereux que le trafic de drogue. »
Signe de la complexité croissante de cette industrie, en 2009, le président Barack Obama a nommé Victoria Espinel responsable de l’application de la propriété intellectuelle aux États-Unis. Une première dans ce pays.
Plusieurs pays, incluant les États-Unis, ont signé l’an dernier l’Accord commercial relatif à la contrefaçon (ACRC), un traité multinational qui vise à lutter contre le crime en établissant des normes internationales afin de faire respecter les droits de propriété intellectuelle.
Toutefois, l’ACRC a soulevé un tollé parmi ses opposants, qui croient que le traité pourrait porter atteinte à la vie privée, et n’a pas encore été ratifié.
Candice Li, directrice des relations extérieures de l’International Trademark Association (INTA), mentionne qu’une meilleure collaboration entre le gouvernement et l’industrie – que l’ACRC pourrait favoriser, selon elle – est nécessaire pour combattre la contrefaçon. « Toutes les lois du monde ne changeront rien si elles ne sont pas appliquées », dit-elle.
L’association sans but lucratif basée à New York s’est également engagée dans une voie différente pour aider à contrer le problème. Elle a lancé une campagne de sensibilisation pour enseigner aux élèves du secondaire l’importance d’acheter des produits authentiques.
Pour préparer cette campagne, des groupes de discussion ont été menés avec des adolescents de New York et de Boston. On s’est aperçu que ces derniers pouvaient facilement distinguer d’authentiques chaussures Air Jordan de Nike de leur contrefaçon, reconnaissable à la piètre qualité du produit et aux logos mal piqués.
Cependant, peu d’entre eux connaissaient les répercussions économiques et les risques pour la santé et la sécurité de la contrefaçon.
« Ils n’étaient pas au courant qu’il existe des pièces d’auto, des médicaments et des aliments contrefaits, que ce sont souvent des enfants qui les fabriquent et que les contrefacteurs ont des liens avec le crime organisé, précise Candice Li. Cela leur a ouvert les yeux. »
L’INTA, qui représente des milliers d’entreprises du monde entier, a lancé sa campagne en mai aux États-Unis et envisage de la diffuser dans d’autres pays et de l’étendre à d’autres groupes d’âge que les 14-18 ans. « Nous avons commencé par cibler les adolescents, car ce sont les consommateurs de demain, explique Candice Li. Bien sûr, ils achètent déjà des produits, mais leur pouvoir d’achat va augmenter à mesure qu’ils vieillissent. »
Les recherches montrent que les consommateurs achètent souvent des produits contrefaits en toute connaissance de cause.
C’est le cas notamment pour l’achat de sacs à main, de musique et de logiciels à l’origine d’une sorte de syndrome Robin des Bois – les consommateurs croient que leurs achats n’ont pas d’autres effets négatifs que de réduire les profits des grandes entreprises qui vendent leurs produits à prix d’or.
Cette conception change du tout au tout lorsque les achats touchent des produits plus fonctionnels comme des pièces d’auto, des médicaments et des aliments.
« Si une personne paie 25 $ pour une montre suisse de 20 000 $ et qu’elle souffre par la suite d’une irritation au poignet, elle ne sera pas révoltée », illustre John Spink, directeur adjoint du programme sur la lutte contre la contrefaçon et la protection du produit à la Michigan State University. « Mais quand les gens apprennent qu’il existe des médicaments et des aliments contrefaits, ils sont profondément indignés. »



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