Récemment, je me suis entretenue avec l’économiste Maurice Marchon, professeur titulaire à l’Institut d’économie appliquée à HEC Montréal, pour discuter de la possibilité d’adopter une monnaie unique mondiale. Le court texte sera publié dans le prochain numéro du magazine L’actualité.
En attendant, j’en ai aussi profité pour lui poser quelques questions sur l’avenir de l’euro…
Où s’en va la zone euro selon vous? Assistons-nous aux derniers moments de cette union monétaire?
Je ne crois pas. Les gouvernements n’ont pas le choix de s’entendre pour harmoniser leurs politiques fiscales et ils iront sans doute vers une forme de fédération. On voit déjà la chancelière Angela Merkel et Nicolas Sarkozy proposer une union budgétaire plus stricte en plus d’une union monétaire. On réalise qu’il y a de grands avantages à avoir une monnaie unique, mais cela doit aller de pair avec un transfert de souveraineté.
La décision récente des grandes banques centrales, dont la Banque du Canada et la Réserve fédérale américaine, pour donner de l’air à la zone euro va-t-elle nuire ou aider?
Les grandes banques n’on rien fait en soi, elles offrent seulement une ligne de crédit disponible aux pays qui voudront s’en servir. Elles veulent ainsi éviter un gel des capitaux comme en 2008, alors que plus personne ne faisait confiance à personne et que les banques ne voulaient plus prêter. Mais ultimement, ce sont les Européens qui devront faire la job et cela risque de prendre du temps.
La France et l’Allemagne travaillent fort pour sauver l’euro. Que se passera-t-il si cette tentative échoue?
Et bien ce serait la fin! Et le retour aux monnaies locales dans chaque pays créerait une incertitude telle qu’elle risquerait d’entraîner une récession. Les monnaies fortes comme le mark allemand ou le franc ne perdraient pas trop mais le drachme grec perdrait 25 % de sa valeur d’un seul coup.
Quelles leçons pouvons-nous déjà tirer de cette crise?
Cette crise confirme qu’une union monétaire ne peut pas se faire sans être accompagnée d’une harmonisation des politiques fiscales et d’un transfert de souveraineté politique entre les pays. L’Allemagne et la France se dirigent d’ailleurs vers cette solution en ce moment. Chose certaine, peu importe l’issue, les Européens n’auront pas le choix de se serrer la ceinture et leur niveau de vie n’augmentera certainement pas dans les 25 prochaines années.



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