Mercredi encore, Barack Obama a ravivé pour la Xe fois ce vieux rêve. Dans ces cercles bien-pensants à Washington, il est de bon ton depuis longtemps déjà de ne plus y croire. Mais ce n’est pas parce que ce n’est pas encore devenu réalité que ça ne le sera jamais, répondent certains. Ils ont peut-être un point… En attendant, le Canada, avec ses sables bitumineux, aussi polluants soient-ils, en profite.

Le président Obama a déclaré à l’Université Georgetown qu’il voulait réduire d’un tiers les importations américaines de pétrole d’ici une décennie. Rien de très nouveau sous le soleil : chaque hausse soutenue du prix de l’essence à la pompe ressuscite ce vieux rêve d’indépendance. Ajoutez une grande instabilité politique dans la principale région productrice de pétrole au monde et vous avez un désir redoublé de vous défaire des sources étrangères d’hydrocarbure.

Pour ce faire, le président a mis de l’avant quatre grandes séries de mesure : 1) augmenter la production nationale; 2) augmenter la production de biocarburants; 3) encourager l’utilisation du gaz naturel dans les transports; et 4) augmenter l’efficacité énergétique des véhicules (plus de kilomètres au litre). Ces mesures sont très similaires à ce que George W. Bush avait mis de l’avant l’Energy Independance and Security Act en 2007, décrit comme le projet de loi énergétique le plus ambitieux depuis une génération.

C’est George W. Bush lui-même qui avait dit lors de son discours sur l’état de l’Union en 2006 : nous avons un problème, « l’Amérique est accroc au pétrole ».

Lentement mais sûrement

Malgré le cynisme et le désabusement, des signes montrent que les États-Unis, à force de poursuivre cet objectif d’indépendance, y parviennent lentement mais sûrement. Le fait a été peu souligné, mais la part de pétrole importé dans la consommation nationale a baissé de 60 % à 50 % depuis 2006. Ce pourcentage, aussi bas que 27 % en 1985, n’avait cessé d’augmenter dans les deux décennies qui ont suivi.

L’une des raisons est que les États-Unis sont parvenus à hausser leur production nationale. Pour la première fois depuis 1985, il a jailli en 2009 plus de pétrole que l’année précédente. Et le phénomène s’est produit à nouveau en 2010, alors que la production nationale a grimpé de 3 %. Un analyste cité par le New York Times estime même que les États-Unis produiront 2,4 millions de b/j supplémentaires en 2016. L’année dernière, elle était de 8,6 millions b/j.

Bonnes nouvelles pour le Canada

Bien que le but soit de se défaire du pétrole étranger, le président américain ne se berce évidemment pas d’illusions sur son incapacité à l’atteindre à court terme. Voilà pourquoi il a mentionné que les États-Unis allaient continuer pour un bon bout de temps de s’appuyer autant que possible pour leur approvisionnement sur des voisins « stables, constants et fiables », comme le Mexique et le Canada. Obama n’a mentionné qu’une fois () son voisin nordique mercredi et son plan pour la sécurité énergétique, qui fait 44 pages, n’en fait aucunement mention. Mais c’est néanmoins une bonne nouvelle d’un point de vue commercial, étant donné que les sables bitumineux ont plutôt mauvaise presse aux États-Unis.

Comme l’a résumé un journaliste du New York Times, Clifford Kraus — d’ailleurs ancien correspondant au Canada — : « le pétrole synthétique qui provient des sables bitumineux est plus sale à produire que la plupart des bruts conventionnels, mais il sera produit; si les États-Unis ne l’importent pas, la Chine le fera. »

Le Canada est déjà le principal fournisseur des États-Unis. Il leur envoie 20 % de leurs importations de pétrole, et la moitié de ce pétrole vient des sables bitumineux. Les exportations canadiennes de ce type de pétrole vers les Etats-Unis pourraient augmenter si le projet d’extension de l’oléoduc Keystone XL, qui l’acheminerait de l’Alberta vers les raffineries du Golfe du Mexique, était approuvé.

Le Département d’État doit rendre sa décision à l’automne, mais le discours de Barack Obama mercredi pousse dans le sens d’un « oui ». Les groupes environnement y sont évidemment opposés, mais les républicains, qui contrôlent désormais la Chambre des représentants, sont en faveur.

Cette même chambre tenait d’ailleurs aujourd’hui (jeudi) des audiences intitulées : Rising oil prices and dependence on hostile regimes: The urgent case for Canadian oil…

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